Trans-sibérien 4e partie
Иркутск - Хужир
Irkutsk - Khuzhir
Après une semaine entière à dormir dans un train ou dans un bateau ( cf article précédent ), nous voilà à pied d’œuvre ! Le train s’arrête une première fois à la gare de triage d’Irkoutsk, ou l’horloge indique 2h02, alors qu’il fait très clairement jour !

La gare de triage
Cette apparente incohérence vient du fait que les chemins de fer Russes sont tous réglés sur l’heure de Moscou ! A Irkoutsk, il est donc possible d’arriver 5 heures en avance à son train si on ne fait pas attention.
Irkoutsk est traversée par l’Angara, autre fleuve mythique de la Sibérie et affluent de l’Ienisseï (cf article précédent), qui est le seul fleuve à partir du Baïkal, alors que plus de 360 cours d’eau se jettent dedans ! L’Angara fait donc du Baïkal un lac, et non pas une mer intérieure.
Mais pour le moment, c’est bel et bien l’Angara qui nous sépare du centre ville, et nous devons y accéder rapidement, car nous avons un plan :
Nous voulons nous rendre à Khuzhir, sur l’île Olkhon, au beau milieu du lac. Pour ce faire, il y’a un bus, qui part de la place centrale. Il y’en a un le jour même, mais pas le lendemain !
Nous décidons donc de partir directement, car nous ne pensons pas utile de passer autant de temps à Irkoutsk.
Mais le bus part tôt le matin, c'est-à-dire qu’il ne nous reste pas beaucoup de temps pour le prendre !
Nous arrivons à nous rendre en centre ville à temps, et même finalement à prendre un petit dej.

Le centre ville d’Irkoutsk
Nous repérons facilement l’hôtel en bas duquel doit partir notre fameux bus. Les passagers sont déjà en train de charger leurs valises dans les soutes.
Nous nous dirigeons donc vers un couple de Bouriates qui semblent être ceux qui s’occupent de l’organisation. Le problème est que nous n’avons pas réservé de places, alors qu’il aurait fallu en théorie. Par chance, il reste 7 places dans le bus ! Nous pouvons donc embarquer.
Le brave homme qui s’occupait de la liste des passagers n’avait pas du aller très longtemps à l’école, en effet, au moment de payer, il a commencé à bloquer :
« Alors… 5 passagers fois 400 roubles… euh… oula, ça fait combien à votre avis ? »
Les bouriates doivent être naturellement honnêtes, car c’est bien la première fois qu’on me demande le prix que je dois payer en toute confiance. Comme nous sommes honnêtes nous aussi, nous lui avons donné la bonne somme.
Nous sommes alors montés dans le bus.

Le bus…
Le bus est une superbe production coréenne, décorée avec des petits rideaux bleu clair et violets un peu partout, qui donnent une ambiance très kitsch.
Comme vous pouvez le voir à sa carrosserie, il a du se prendre pas mal de pierres, de vaches ou d’autres usagers de la route aussi dangereux que lui. En effet, ce bus est une véritable catastrophe pour la sécurité routière, il traverse la steppe en faisant hurler sa mécanique, et, comme le terrain est plein de bosses, ses amortisseurs ont rendu l’âme depuis longtemps. Nous avons donc du nous tenir constamment au siège pour ne pas se prendre le plafond.
Je vous assure qu’au bout de 6 heures de route, on a mal au bras !
Alors que le bus file comme une flèche, sous mes yeux se déroule l’immensité de la steppe, des kilomètres de prairies, à perte de vue. L’horizon est à peine courbé par quelques collines. Par moments, la taïga vient le souligner d’un épais trait vert foncé.
Le long de ces plaines, on aperçoit des troupeaux de chevaux sauvages, galopant à travers l’étendue ou du bétail broutant paisiblement, tandis que des cavaliers Bouriates poursuivent les quelques vaches rebelles qui sortent du troupeau. On pourrait croire que ces gens sont nés sur des chevaux, tant ils sont à l’aise sur le dos de leur monture.
C’est en partie vrai d’ailleurs, comme les Mongols, les Bouriates sont réputés pour être d’excellents cavaliers. Leur culture est cependant différente, teintée de chamanisme sibérien, et ils sont restés rebelles à l’empire mongol, préférant s’allier à l’empire russe pour échapper à l'assimilation. Aujourd’hui encore, la République Bouriate garde une relative indépendance par rapport à la Russie, même si la population est a 70% Russe.
Nous avons droit à quelques arrêts, à des stations service complètement perdues, et dans lesquelles on trouve plus de vaches que de voitures.

Station service au milieu de la steppe.
Un peu plus loin, alors que nous passons dans des zones plus montagneuses, le goudron des routes disparaît et laisse place à des pistes en terre. Le bus manque de s’embourber plusieurs fois. Alors que nous arrivons vers la côte, nous passons à coté d’un emblème de la Russie agricole soviétique, le kolkhoze « Lénine ». Il y’en a certainement eu plusieurs, mais je ne pense pas que beaucoup aient subsisté.
Le bus s’arrête à un embarcadère, c’est notre premier contact avec le lac !
Le bateau s’approche, et nous embarquons pour l’île Olkhon.

Embarcadère de l’île Olkhon
Un autre bus nous prend à l’arrivée, et nous partons pour Khuzhir.
Profitons du trajet pour fixer un peu les idées…
Khuzhir est un village de 1500 habitants, principalement vivant des ressources de la pêche. Les maisons sont construites uniquement en bois et en tôle, il n’y a d’ailleurs pas de béton sur l’île. Le goudron est absent aussi ! Pas une seule route n’est goudronnée, ce ne sont que des pistes en terre, pleines de bosses.
Les habitants ont l’électricité depuis 2005, on voit les poteaux tout neufs border la route, l’herbe n’a même pas eu le temps de repousser autour des pylônes, aux endroits où le sol a été creusé.
Par contre, toujours pas d’eau courante ! Il faut aller la chercher au lac… Mais pas de panique, l’eau du Baïkal est potable ! Il y’a même une eau minérale de commercialisée, puisée en profondeur dans le lac. En effet, il y’a très peu d’industries autour, et elles sont concentrées dans le nord. De plus, il parait qu’une espèce de bactérie endémique vit dans l’eau du lac, dont elle élimine les toxines. En tout cas les locaux boivent cette eau, ce que nous avons également fait, en prenant tout de même la précaution de la faire bouillir.
Nous voilà enfin à Khuzhir !
Le bus nous dépose entre deux vaches, sur la route principale du village, comme nous avons un « Complexe hôtelier » devant nous, nous poussons la porte.
Nous sommes accueillis par une jeune femme aimable, qui nous propose deux chambres, une double et une triple, en demi-pension.

L’hotel
Forcement, dans un endroit aussi perdu, le confort est assez sommaire, la salle de bain se réduit à des robinets bricolé pour pouvoir écoper de l’eau dedans, coulant dans une rigole commune où on fait à peu près tout ce qui se fait avec de l’eau.

La salle de bain
A la naïve question « Et où sont les douches ? », la fille nous a regardé d’un air bizarre, nous informant qu’il était toujours possible de demander un баня (sauna).
Le clou du spectacle reste les toilettes… Une splendide cabane au fond du jardin, au plancher muni d’un large trou, et c’est tout !

La cabane
Ça y’est, on a définitivement la certitude d’avoir atteint le bout du monde !