Tranche de vie
Bonjour à tous !
Récemment, j'ai tranquilisé ma conscience avec une bonne résolution qui vous concerne, chers lecteurs. J'ai décidé de lacher de temps en temps Matlab (qui est une sorte de calculette mais en plus compliquée, conçue pour occuper les gens qui arrivent à utiliser l'adjectif "k-lipschitzienne" dans des phrases, et qui rigolent à des blagues sur la fonction exponentielle).
Cette résolution, je l'ai prise pour tenter de stabiliser ma production à au moins un article par semaine. Et ce plan etait en passe de devenir un échec, dès la premiere semaine, ce qui n'est pas du plus bel effet.
Voici donc une authentique petite histoire, un instant qui n'a pas de prix, qui se passe en URSS. Enfin, pas tout à fait, plutot dans un lieu qui n'a pas beaucoup changé depuis, la polyclinique de l'université...
En septembre, Elo et moi nous sommes motivés pour un projet fou, obtenir notre autorisation à accéder à la piscine du complexe sportif, qui nous est ouverte, du moins en théorie.
Petit résumé :
Dès la fin septembre, nous pointons à la polyclinique, qui nous est ouverte 3 jours par semaine, de 9h à 10h. Avec de tels horaires, inutile de dire qu'il vaut mieux arriver en avance, en gros, 4 personnes peuvent passer chaque jour... pas question, donc, de se pointer avant 8h-8h30.Nous sommes la depuis presque une heure, quand un groupe de 20 vietnamiens débarque, la "docteur" qui habite le bureau sort, et s'adresse à nous :
- "Vous êtes qui ?"
-"Heu, bonjour, on est des étudiants français, on voudrait notre papier pour la piscine"
-"Partez, aujourd'hui je fais passer les autres"
Avec le même respect, elle ordonne à un viet d'entrer dans son cabinet.
Voici 2 heures de plus au chiffre des heures perdues (une d'attente et une autre car entre 9h et le début des cours à 10h, il n'y a pas grand chose à faire...).
Nous laissons passer 2 semaines, par sécurité, car visiblement, fin septembre-début octobre il y'a toujours trop de monde...
2e essai : arrivée 8h30, à 9h20 toujours personne. On va voir à l'acceuil, elle n'est pas la, personne ne sait quand elle reviendra.
On laisse encore passer un peu de temps, fin octobre, 3e essai :
Victoire ! On arrive à entrer dans le cabinet maudit.
Dès l'entrée, après avoir pris ma demande d'autorisation et un petit contrôle de passeport pour la route, la mégère m'ordonne de m'asseoir sur un banc crade au fond du bureau. Elle remplit des papiers pendant 10 minutes. Au bout de ce temps, elle me tend les papiers qui vont me permettre de faire les analyses, au programme :
-Analyse de sang, test VIH et siphilis
-Analyse de selle, test du ver solitaire, certainement au cas ou je serai du genre à me soulager dans la piscine ...
-Fluorographie, test de la tuberculose
Je reçois au passage l'ordre de faire ces tests avant la fin de la semaine.
J'arrive à faire la prise de sang le même jour, j'en garde un gros bleu en souvenir pendant 2 semaines. Dans la foulée, le pot contenant ma production personnelle est rendu sous 2 jours. Le fluorographie est passée en dernier, le temps d'avoir un horaire qui coincide avec notre emploi du temps.
4e essai : Nous arrivons à 8h30 avec notre attestation prouvant que nous n'avons pas la tuberculose. Mais un message orne la porte : "absente depuis le 25"
Comme le 25 c'était il y'a plus d'une semaine, on se dit qu'il y'a peut être un espoir.
Sauf que, au bout de 15 minutes, une autre mégère du même genre surgit de son cabinet :
-"Et le vestiaire, il est fermé ou quoi ?!?!"
Euh, c'est à moi qu'elle parle la ?
J'avais eu le malheur de rentrer avec mon manteau, ce qui est criminel.
-"Et qu'est ce que vous faites la d'abord ! Vous voyez pas qu'elle est pas la !"
-"Ben c'est marqué depuis quand elle est absente, pas quand elle rentre, on s'est dit que peut être..."
-"Et comment vous voulez qu'on sache quand elle rentre !"
Self-control...Ne pas lui asséner le coup de boule qu'elle mérite...
Nous sortons donc bredouilles une fois de plus, mais avec un peu de rancoeur en plus...
5e essai :
Nous laissons passer deux semaines avant de se décider à aller se refaire insulter.
Nous attendons dans le couloir, la mégère sort :
-"Ah c'est vous ! Pourquoi vous avez pas fait votre fluorographie ??"
-"Bonjour, on l'a faite, voila les resultats"
-"Et vous pouviez pas les amener plus tôt ?"
-"On vous les a amenés, mais vous étiez absente"
-"C'est pas une raison ! Il fallait revenir le lendemain"
-"Oui mais on a d'autres choses à faire que de venir ici tous les jours, on habite à une heure d'ici ça nous prend du temps"
-"Je veux pas le savoir, quand on exige que vous veniez, vous devez venir, point !"
Sur ce, Elodie entre la premiere, je l'entend se faire engueuler pendant 10 minutes, et ressortir :
-"C'est bon, je laisse tomber..."
Je rentre quand même, j'execute l'ordre d'aller m'asseoir sur le banc crade.
-"Bon, alors pour vos analyses, c'est bon"
Quelle bonne nouvelle ! Je n'ai pas le sida, ni la siphilis !
-"Maintenant, pour la piscine, vous allez aller chez le dermatologue"
Je sens le désespoir monter en moi, à égalité avec la haine.
-"Et pourquoi ?"
-"Nous ne répondons pas à la question "Pourquoi ?""
En montrant mon avant bras :
-"Vous voyez bien que je n'ai pas de problème de peau"
-"Je ne vous examinerai pas, c'est à un dermato de dire si vous avez des problèmes de peau"
-"J'en ai assez de passer des analyses inutiles. La tuberculose par exemple, ça n'existe plus en France et je suis vacciné[*]"
-"la tuberculose existe partout, vous faites des etudes techniques, pour le savoir, il fallait faire médecine"
-"Je sais que je n'ai pas toutes ces maladies, et vous le savez aussi, soyez honnête"
L'argumentation de mon interlocutrice s'est soudainement tarie :
-"Un mot de plus et vous n'aurez pas votre papier"
Fatigué de ramper devant ces individus, nous sommes partis avec la promesse de ne jamais revenir.
On va donc abandonner notre droit à la piscine de Bauman et s'en trouver une payante !
[*] La tuberculose touche environ 3 français sur 100 000 par an en France, surtout les populations précarisées, les étrangers en France sont beaucoup plus touchés (40/100 000) ramenant la moyenne à 10/100 000...
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