Mission impossible 2 : le déménagement.

Publié le par Romain Enselme

Après plusieurs semaines de recherche, après les arnaques et les apparts foireux, nous commencions à désespérer dans notre résidence. Depuis déjà deux mois nous vivions chez Elodie, sa colloc vietnamienne étant rentrée au pays.

Et tout a changé brutalement, lundi matin la semaine dernière. Nous étions tranquillement en train de dormir quand nous avons entendu quelqu’un frapper violemment à la porte et essayer de faire marcher sa clé (nous remercions au passage le loquet sans qui l’ouverture de la porte se serait produite contre notre volonté…). Habillage express pour faire genre on était déjà debout, débarrassage du bureau de la colloc qui avait servi d’annexe à celui d’Elodie, et adieux définitifs à cette chambre pour moi qui ai donc regagné mes quartiers plus vite que prévu (en fait la colloc devait arriver le lendemain).

Sur ce petit passage à ORISA (bureau des relations internationales) pour une recherche de prof perdu (à deux jours de la rentrée, toujours pas de programme d’étude, nous cherchions donc désespérément notre tuteur).

Perdus dans les deux heures de queue pour l’entrée au bureau, appel de notre prof de Russe Svetlana, qui me dit qu’elle a trouvé un appart pour nous, et me donne rendez vous au metro pour aller visiter, le soir même…

Sur le coup, on n’ose pas trop y croire, on se dit qu’il doit bien y avoir un problème quelque part.

Mais non, la fille de l’agence est venue, nous a fait visiter l’appart, rencontrer la propriétaire, une petite mamie qui a l’air plutôt gentille et qui a mon avis devait avoir plus peur que nous de se faire avoir.

L’appart nous semble tout à fait correct, il faut même avouer que pour des étudiants on est bien lotis, même par rapport aux standards français. Il y’a une grande pièce de 20 m², une cuisine de 10 m² environ, avec un frigo, un four, tout ce qu’il faut, une salle de bain avec une machine à laver, et une petite entrée. Tout est neuf, la proprio nous fournit en plus quelques meubles, dont un canapé lit, une grande armoire, une télé, des chaises …

Devant un tel paradis, nous ne pouvions que succomber, le lendemain nous avons donc signé le contrat.

 

En fait, tout cela semblait trop simple, il fallait donc quelque chose pour compliquer l’affaire…

Quelques temps après, nous avons vu Valentina Vladimirovna, autorité suprème dans la résidence, pour l’avertir de notre prochain déménagement, et obtenir une autorisation de sortie de valise. Je rappelle à ceux que cela surprend qu’il est interdit de sortir de la résidence avec des valises, sans que nous comprenions trop pourquoi, surtout que ce règlement est aisément contournable puisqu’il est possible de sortir avec un sac de sport (qui n’est pas considéré comme valise) d’un coté, et une valise vide de l’autre, pour remplir la valise une fois dehors. Mais bon, nous voulions faire les choses proprement, nous lui avons donc demandé conseil. Elle nous a demandé de passer au bureau ORISA dont je parlais plus haut, et de demander à Edouard Anatolievitch (alias « l’ours ») de nous expliquer les formalités de sortie.

Le lendemain, nous nous exécutons donc. Edouard n’était visiblement pas dans une disposition optimale à recevoir des gens ce jour la, il faut savoir que cet homme ne sait pas parler Russe, mais seulement hurler Russe, ce qui ne le rend pas particulièrement avenant, et nous avons du le déranger dans une occupation importante car il nous a répondu sur le ton de l’engueulade, surtout qu’il a cru que nous n’avions pas encore payé l’été dans la résidence. Sur ce il nous a lancé deux papiers pour écrire une lettre à je ne sais pas qui pour obtenir un accord de sortie, et nous a collés devant un panneau avec 20 feuillets A4, décrivant la procédure.

Nous avons donc péniblement déchiffré la marche à suivre. Le texte se veut rassurant : « Puis-je quitter la résidence ? Oui, bien sur, réunissez les documents sur les listes 1 à 4 et revenez nous voir ». Sauf qu’en tout il y’a 16 documents, dont :

Passeport, traduction du passeport, visa, carte d’immigration (ça c’est pas inquiétant, ici c’est le genre de document dont tu as besoin pour avoir le droit d’aller aux toilettes). La suite est plus drôle : certificat médical d’aptitude à supporter les conditions climatiques Russes, test de Sida (ça fait déjà le 3e que je fais en moins d’un an), maladies vénériennes, document de formation (je ne sais pas ce que c’est), quittance du paiement de l’obschéjitié, original du contrat avec l’obschéjitié, un reçu de la caisse centrale de je sais pas trop quoi (finalement ça concerne la proprio), l’accord de la proprio pour qu’on soit enregistrés sur l’adresse de l’appart, un papier de la militsia de notre quartier, une quittance de paiement des frais de réenregistrement, un truc d’assurance, la carte d’étudiant (qu’on aura vraisemblablement jamais, en effet nous sommes considérés comme stagiaires et il fait réunir 7 signatures dont celle du plus haut recteur de l’université pour l’avoir, alors qu’il ne sait pas qu’il y’a des français dans son université), et en plus deux photographies non brillantes au format 4x3.

C’est tout, simple non ?

A ce stade on a donc appelé au secours notre prof, qui a dit qu’elle allait se renseigner, puis nous avons passé des affaires discrètement pour pouvoir vivre dans notre nouvel appart.

Une semaine après, à la date de rédaction de ces lignes, nous avons vécu une de ces journées super crevantes à courir partout, mais incroyablement efficaces. En effet, nous avons rencontré notre tuteur, qui, aidé d’un autre professeur censé connaître la formation des étrangers, afin de fixer notre programme d’études. Nous avons donc un semblant de programme, avec des cours à suivre et tout. Puis notre prof de Russe nous a demandé, sur les conseils s’une de ses collegues, d’aller voir à ORISA un autre gars, Andreï Nicolaïevitch, qui devrait nous aider mieux.

Nous sommes donc allés à son bureau, et avons exposé notre problème. Avec lui l’affaire fut tout de suite plus simple, il nous a imprimé un papier, nous a dit de le donner à la propriétaire, que tout était expliqué dessus et qu’elle pouvait lui téléphoner pour plus d’info, fin de la conversation… Nous avons donc fixé un rendez vous avec la proprio, nous lui avons donné le papier, échangé quelques mots, et voila.

De cette aventure nous retenons donc qu’en matière d’administration, il faut savoir s’adresser à la bonne personne…

 

 
Publicité

Publié dans La vie

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
R
Oui c'est sur, depuis l'exterieur et avec ce que j'ai dis jusqu'a maintenant, ça a l'air pas bien comme ça... Mais en fait y'a plein de trucs super ici... (Cette phrase annonce entre autre l'article sur les filles Russes...)
Répondre
S
J'ai du mal à comprendre comment on peut encore attiré par la vie en Russie après une telle publicité. Peut-être l'envie de vivre dans un pays où la fantasmagorie prend ses aises et dévelope toute sa puissance dans son administration et son organisation pousse certaines personne. Elles pensent trouver un lieu magique digne d'un film, à mi-chemin entre la cité des enfants perdus et alice au pays des merveilles, certe en un peu plus barbare et un peu plus tristounet mais tellement plus facile à réaliser en notre bas monde.<br /> Longue vie à vous et à la Grande Russie Soviétique!
Répondre
R
Coucou à tous, merci pour vos commentaires. Ben en fait figurez vous que c'est pas si réglé que ça. En fait la proprietaire ne peut pas encore obtenir un papier d'un bureau obscur, apparemment parceque l'immeuble est neuf , donc il faut attendre plusieurs mois... Pendant ce temps la on vit à l'appart mais légalement à la résidence, qu'on a arrété de payer. Du coup leur super système de flicage des gens fait qu'ils ne savent meme plus oú nous trouver... Je les adore !
Répondre
S
Ben au fond, ça se finit bien, c'est l'essentiel, je pense, ceci était aussi, un rapide coucou durant un moment où j'ai accés à internet (sur le compte de mon coloc à la fac de sciences)...<br /> Bisous mon K'ron.
Répondre
N
Ha bien voila une belle demonstration de l'administration "tentaculaire" de ton pays :D Je savais bien que dans les pays communistes ce n'etais jamais simple... Mais a ce point la. D'ailleur j'ai un souvenir de toi en train de me raconter le probleme de la carte d'etudiant huhu... Bon courage pour la suite petit charon :)
Répondre