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  • : Découvrez la vie d'un élève ingénieur parti à la découverte de la Russie. La vie universitaire, les voyages, les amis, les anecdotes, les galères... Le tout décrit sur un ton parfois satyrique mais toujours bon esprit !
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Mercredi 15 juin 2005

Enfin un vrai article!

 

Attention au style, c'est très moi (J'ai bien sur sélectionné les éléments qui servaient le mieux mon propos, orienté caricature et éxagération).

 

 

 

 

 

La première journée fut pour le moins déroutante. Après l’atterrissage et des formalités de douane incroyablement simples (tout au plus 30 min pour une carte à remplir) suivit une attente de trois heures sur le trottoir de l’aéroport, en plein travaux comme la moitié de la ville.

 

Ce sera alors le premier contact avec nos camarades de Centrale Lyon venus ici pour l’été ainsi qu’avec les Français en double diplôme, accompagnés d’un régiment de « diévouchkas » que je ne m’attarderai pas à décrire par crainte de représailles conjugales.

 

 

 

Le trajet vers notre lieu de villégiature ne présente à priori que peu d’intérêt, sauf que la conduite Russe a cela de particulier que chaque trajet en voiture représente un véritable défi en tant que passager. Les routes Russes ont parfois jusqu'à 6 voies, avec un marquage au sol de qualité douteuse, la limitation de vitesse en vigueur dépend uniquement des capacités du véhicule. C’est plutôt sévère pour les 70% de Russes au volant de Ladas (Ces chefs d’œuvres de l’industrie lourde soviétique méritant à eux seuls un article, vous en saurez plus par la suite, patience !), mais les 30% disposant d’un moteur de plus de 10 cv (non fiscaux) suffisent à faire du macadam une véritable jungle.

 

 

 

Il est ici de bon ton de circuler sur toute la chaussée, bande d’arrêt d’urgence (enfin ce qui y ressemble, je ne sais pas si c’est vraiment prévu pour ça), et voies de tram y compris. Même parfois, et je remercie nos chauffeurs pour nous avoir gratifiés d’une telle figure, il arrive de doubler sur le trottoir… En minibus ça fait vraiment chaud au cœur. L’usage du klaxon est bien entendu fortement recommandé, tant il est avéré que son seul usage suffit à fluidifier la circulation. Comme a Paris, les klaxons Moscovites se déclenchent à la simple pression du frein, comme les feux de stop.

 

 

 

Cet intermède routier aboutit ainsi à notre, euh… comment dire … lieu de vie ?



Voici la plaque d'ou que j'habite, vous pouvez noter l'adresse si vous voulez, et même m'écrire !




Voila à quoi ça ressemble, c'est moche hein ?


 

L’obchéjitié n°10 (littéralement « lieu ou on vit les uns sur les autres »), est une monstrueuse barre de 14 étages en béton brut à faire passer Le Corbusier pour un amateur. Le hall d’entrée permet d’accéder à chacune des deux barres (car les architectes ont persévéré dans leur quête du moche en construisant deux immeubles).

 

Attention ! Pour accéder à l’intérieur de ce Saint Graal de l’immonde, il faut montrer patte blanche. Une dijornaïa, elle-même surveillé par une caméra, veille à ce que chaque résident montre son propousk (accompagné du passeport dans les instants de zèle), afin d’avoir le privilège de monter les 14 étages.

 

Ce sont parait ils des Syriens qui ont financé la construction des 2,5 ascenseurs (c’est la moyenne des ascenseurs utilisables, en fait il y’en a 3), au nom de tous les habitants du 14e, je les remercie. Heureux habitants du 14e nous avons d’ailleurs été particulièrement gâtés, en effet c’est le seul étage hormis le 1er où il est possible d’appeler l’ascenseur ; Consolation pour les habitants des autres étages, il est quand même possible de descendre n’importe où, sauf au 13e ou la cage d’ascenseur demeure introuvable… mystère. Au fait, petite précision, ici le 1er correspond au rez de chaussée, le 2e au 1er et ainsi de suite.

 

 

 

Les étrangers sont donc aux 13e et 14e étage, séparés de leurs camarades Russes par une grille judicieusement placée au milieu des escaliers avant le 13e étage, sous la responsabilité de la dijornaïa du 14e. Oui, il y’en a une aussi en haut, elle a un bureau au milieu du couloir et surveille les allées et venues. Ce métier dynamique et varié aux occupations multiples lui permettra sans doute de présenter un doctorat de mots croisés avant sa retraite.

 

Bien sur, je caricature, elle ne fait pas que surveiller le couloir, puisque elle s’occupe aussi de la grille, sur le principe d’un algorithme complexe : si l’élève sonne à la grille entre 7h et 23h, j’ouvre, sinon je n’ouvre pas. Mais comme ailleurs il y’a l’exception française, nos prédécesseurs ont négocié l’ouverture à 1h du mat pour nous.

 

L’utilité de cette mesure ne saurait bien sur être mise en doute, en effet les étrangers doivent être préservés de la corruption par les Russes (ou l’inverse). Sauf qu’il est toujours possible de rester enfermé dehors et de rentrer à 7h du mat, on aboutit donc à un fonctionnement d’une brillante intelligence.

 

 

 

En cas par exemple d’incendie, nous devons donc compter sur la réactivité de la dijornaïa pour ouvrir la grille de l’escalier, car les ascenseurs ne sont pas conseillés en cas de feu. Et sans savoir pourquoi j’ai encore moins confiance en nos propres ascenseurs.

 

De toute façon, ils sont éteints de 23h à 6h ce qui dissuade les imprudents qui souhaiteraient évacuer de nuit.

 

L’entraînement à l’incendie de l’équipe d’encadrement est cependant conséquent puisqu’on peut compter sur a peu près un incendie par an, mais qui ne donne pas toujours lieu à une alerte. Le dernier en date, du à un feu dans les poubelles du vide-ordures à enfumé l’intégralité des deux derniers étages. Les responsables, au sens de l’humour sans limites, ont cependant considéré que c’était un incendie sans flammes, et qu’il ne nécessitait donc pas de déranger les étudiants par une alarme, renvoyant au passage notre célèbre adage « il n’y a pas de fumée sans feu » violemment au placard.

 

 

 

Je profite de cette allusion au vide-ordures pour effectuer une habile transition vers notre cuisine d’étage.

 

Je précise le lien : le vide ordure est situé dans la cuisine…

 

Ce lieu unique en son genre a été littéralement accaparé par la communauté chinoise de la résidence, qui représente 80% des étrangers. Nos amis emploient des trésors d’ingéniosité pour se réserver l’usage exclusif du lieu, notamment un relais 24h/24 habilement programmé pour qu’il y ait toujours un chinois dans la cuisine. Le 2e point est le plus sournois : les chinois cuisinent uniquement de la bouffe qui pue à 3km, pour vous dire, ça sent même dans ma chambre ! L’emploi d’une quantité indescriptible de matière grasse est de rigueur pour atteindre cet objectif ambitieux. Pour l’instant, les non chinois sont en situation de repli, dans le camp français on envisage une attaque à la tartiflette pour reprendre le dessus, mais j’ai peur que les chinois ne soient trop forts.

 

 

 

Récapitulons, nous avons donc visité l’entrée, pris l’ascenseur (ou l’escalier si on est tard le soir), dit bonjour à la dijornaïa, dépassé la cuisine, nous voila donc devant la chambre.

 

 

 

La notre a été refaite récemment, elle est en effet d’une rare qualité par rapport à d’autres : le papier peint est presque entièrement collé au mur, de même que le lino au sol, les lumières marchent presque toutes, il y’a deux lits et deux bureaux et même un placard et deux étagères, rien à dire.


 

 

 

 

 
ça c'est la chambre


 

 

 

 
Ben ça c'est les wc


 

 

 

Pour le reste, le niveau de confort baisse un peu. La salle de bain est vivable, le problème vient plutôt de l’eau. Ici, la vieillesse des canalisations fait qu’elle est fortement chargée en rouille, particulièrement l’eau dite « chaude ».

 

Bon la je suis médisant, car c’est vrai qu’elle est chaude, on peut même mettre un peu d’eau froide avec. Mais le débit est un peu juste.

 

La rouille est un inconvénient conséquent puisque tout se retrouve teinté en orange, le lavabo, la douche et surtout les vêtements. En effet une des plus belles blagues de l’obchéjitié est qu’on ne peut pas y laver son linge, et il n’y bien sur pas de laverie dans le quartier, on fait donc à l’ancienne.

 

 

 

 
La salle de bain, notez la machine à laver le linge (en bleu).
Le moteur de la machine à laver est en train de prendre la photo.


 

 

 

L'eau chaude à pleine puissance, attention ça décoiffe

 

 

 

Le robinet bi-position, pratique et économique!

 

 

 

Un arrangement de plomberie mystérieux...

 

 

 

 

En ouvrant la fenêtre, on peut admirer le quartier. Je précise bien qu’il faut l’ouvrir car voir au travers n’est pas forcément facile. On a essayé de les nettoyer, mais la saleté est à l’intérieur du double vitrage. Il serait d’ailleurs plus juste de parler de « double fenêtrage » car il consiste réellement en deux fenêtres collées l’une à l’autre.

 

Voir à la fenêtre à l’avantage non négligeable de se rendre compte qu’on n’est pas tout seul à habiter dans un immeuble moisi, c’est même le cas de pratiquement tout le monde. Sur le coté moche en tout cas l’urbanisme soviétique a pondu des perles, sur le coté moins moche, en direction du centre ville, les immeubles sont plus petits, et on peut même admirer quelques unes des sept sœurs de Moscou, des bâtiments de style Stalinien, imposants mais qui soulignent un certain effort esthétique très appréciable (Les réalisations artistiques Russes et Soviétiques surtout feront bien sur également l’objet d’un article !).

 

 

 

 

 

Le coté moche

 

 

 

Le coté moins moche, avec l'université, le gros batiment derrière le petit rouge

 

 

 

 

L'atelier clandestin, au pied de la résidence

 

 

Comme beaucoup de règlements en Russie, celui de la résidence interdit tout, y compris, et la je me suis permis de rigoler, de brancher des appareils électriques (mais à quoi donc servent les prises ?), et même les cartes et autres jeux (Et oui ! on peut se tuer en jouant au monopoly, en avalant un pion de travers par exemple), sans oublier bien sur l’alcool. La responsable des relations internationales nous a d’ailleurs bien dit qu’il était très mal vu de boire en Russie. - Parenthèse statistiques : la consommation moyenne Russe est de 12 litres d’alcool pur par an, soit une bouteille de vodka par semaine et par personne –. Mais c’est vrai qu’il est interdit de boire dans la rue, la bière étant tolérée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

********

 

 

 

Vous aurez compris que l’adaptation à ce lieu nécessite une certaine patience et un brin de motivation. Cette première journée a été un peu difficile, j’avoue, ça faisait beaucoup en peu de temps.

 

 

 

La chambre telle qu’on l’a découverte avait été refaite mais pas nettoyée, on a retrouvé des moutons de 10cm de diamètre sous les lits. Au magasin d’articles de ménage, j’avais les larmes aux yeux tellement j’étais heureux d’avoir un balais. J’ai parfois eu envie de nettoyer, mais la c’était presque compulsif, une sorte d’overdose de crade.

 

C’est en faisant le ménage que j’ai ramassé ma 1ere pièce Russe, 5 Kopeks, presque 15 centièmes de centime d’euro, le début de la fortune…

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Romain Enselme - Publié dans : La vie
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Commentaires

Dépaysant, en effet!!


Salut Romain, je découvre ton blogue par Expat-blog, et je reprends tout depuis le début...


Pour la tuyauterie, je vois que tu n'as pas compris que ce sont les Russes qui ont inventé le sèche-serviette Acova, spécial salle de bain occidentale! (arf arf)


Je continue ma lecture... :)


Olivier

Commentaire n°1 posté par Olivier le 05/01/2006 à 18h25
Effectivement, les Russes ne sont pas avares d'inventions, entre les digicodes mécaniques, les forages à l'énergie nucléaire, et récemment les pulvérisations de soufre contre le réchauffement climatique en alternative au protocole de Kyoto.

Cepedendant, pour que le seche serviette à la Russe fonctionne bien, encore faut il que l'eau chaude soit disponible, et qu'elle circule, autant dire que cela fait beaucoup de conditions...

Bonne lecture !
Commentaire n°2 posté par Romain le 05/01/2006 à 22h55

Je hais ton blog, car a cause de lui, je suis deja vraiment, vraiment a la bourre !!!


PS : N oublie pas te saluer chaque matin, tres gentiement ta "machine a laver" car si l eau chaude est un jour coupee...(ce qui pourrait bien arriver...tot ou tard..). Elle peut servir de jaccuzi egalement ! (je sais de quoi je parle...lol..)

Commentaire n°3 posté par christophespb le 06/01/2006 à 13h31
Salut ! Je cherchais des blogs de gens étant parti en Russie car je pense partir moi aussi dans deux ans ( avec erasmus ). Donc je me lance dans la lecture de ton blog ^^ bien drôle ce premier jour (surtout la salle de bains xD)
Commentaire n°4 posté par kat le 11/04/2008 à 23h29
J'ai trouvé ton blog au gré d'une recherche hasardeuse sur google, et j'entame la lecture - avec 3 ans de retard, donc - par les premiers articles.

Pour l'instant pas d'exotisme excessif. Je retrouve dans cet article beaucoup des joies des magnifiques chambres U françaises, que j'ai le déplaisir de fréquenter assidument.

Dans tous les cas ton style est très plaisant.

Commentaire n°5 posté par Cyril le 21/08/2008 à 23h08
Bonjour Romain,

Je découvre ton site uniquement aujourd'hui. Il faut avouer qu'il est très intéressant, et qui plus est très bien écrit. Je n'arrive plus à stopper ma lecture.
Petite question au passage : Avais-tu appris le russe avant de partir dans ce magnifique pays qu'est la Russie ?


Commentaire n°6 posté par Anonyme le 01/02/2009 à 16h41
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