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Journal d'un français en Russie

Здравствуйте !

Vous venez d'ouvrir mon journal, dans lequel je raconte mes découvertes loin de la mère patrie, en effet j'ai choisi (sisi personne m'a forcé) de partir deux ans à Moscou pour apprendre à fabriquer des fusées.

Jusqu'ici j'ai publié irrégulièrement mais je n'ai pas abandonné.

Je fais preuve dans mes pages d'un certain goût pour l'ironie et la dérision, mais c'est tout simplement mon style, je ne cherche pas à être exhaustif et réaliste et je fais ça avant tout pour le plaisir. Je vous invite donc à ne pas me prendre au pied de la lettre, la Russie est un pays extrêmement enrichissant et dont les charmes sont difficiles à raconter mais bien réels !

Sur ce, je vous souhaite une bonne visite !

Romain


 

Envie de traverser la Russie pour rejoindre les eaux pures du lac Baikal ? Accédez directement aux articles concernés grâce au module en haut à droite.


Plus serieusement, pour en savoir plus sur moi. sur mes études et mon projet professionnel, consultez donc mon profil :


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Jeudi 11 octobre 2007
Dire que j'ai raté ça !
Notre président a profité de son séjour à Moscou pour inaugurer un monument en mémoire de l'escadrille Normandie-Niemen dans le parc Lefortovo, situé à deux pas de mon ex-université.
Il a ensuite pris part à une conférence où il a répondu aux questions d'étudiants et d'activistes de rossiya molodaya dont je parlais il y'a peu (enfin, 3 mois tout de même !).

Sarkozy-a-Bauman.jpg
Sur leur site, les militans proposent un article de compte rendu de la conférence. Une seule question à Sarkozy est détaillée : Un militant lui demande si il est partisan d'un monde multipolaire, et comment il voit l'affaire Mikhail Prokhorov à Courchevel.

A titre de rappel, ce milliardaire russe s'est fait arréter en janvier dernier à Courchevel, soupçonné de proxénétisme, puis relacher faute de preuve. L'affaire s'est arrétée là en France mais a fait couler beaucoup d'encre en Russie.

A une telle question, notre président a répondu qu'il était ami des Etats-Unis, mais pas pour leur hégémonie, et à la 2e partie que la justice était libre et faisait son travail...

Bref, si c'était ça le moment fort de la conférence, je ne pense pas avoir raté grand chose...

Par Romain - Publié dans : La vie
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Mercredi 19 septembre 2007

Du nouveau sur les liens, avec l'ajout du "Blog Russie" que je viens de découvrir et qui semble une bonne source d'info.

Les blogs des "Baumantsi", les gens qui étudient à l'université Bauman :

Le blog de philippe, qui vient de Centrale Nantes comme moi.

Le blog de Mathieu.

Le blog d'Olivier.

Le blog d'Isabelle.


Sur la Russie :

Le Blog Russie : actus et analyses sur la Russie et les pays de la CEI, serieux et complet.

Le blog de Lucas et ses 3 amis qui ont aussi traversé la sibérie, un mois plus tard que moi !

En Russie l'an dernier, Amandine a écrit une veritable encyclopédie sur la vie locale, super intéressant et très fiable ! C'est ici !

Le carnet de voyage d'Aurore à Moscou : ici

Un sympathique blog sur la mode en Russie.

Un tout nouveau blog : enrussie.free.fr

Le
blog de Florie, en stage à St Petersbourg.

Un lien utile pour toutes les formalités : l'ambassade.

A voir :

Le petit monde de Nico, ses textes, ses photos, ses trips, ses rêves... Skworld


Par Romain Enselme - Publié dans : karon
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Mercredi 25 juillet 2007
Voici la seconde partie de ce triptyque sur les organisations politiques de jeunesse, j'espère avoir des réactions comme ce fut le cas pour l'article précédent. Cette partie s'est certes faite attendre, mais vous allez avoir de la lecture, que je vous souhaite bonne !



L’université technique de Moscou est un vrai dédale, avec 4 bâtiments d’études immenses, des laboratoires un peu partout et jusque dans la banlieue, des résidences universitaires éparpillées dans tout l’est de Moscou, de quoi accueillir les 18000 élèves qui y étudient. Dans les sous sols et les arrières cours, on trouve des bouts de missiles, des morceaux de sous-marins, des pièces remplies de portraits des secrétaires généraux du PCUS, ou des souffleries supersoniques. A l’image de ces coins sombres des bâtiments de « Bauman », l’administration est surabondante et hétéroclite. Pas étonnant alors que la communication soit pratiquement inexistante. En effet les nouvelles sont retenues et se dissolvent au fur et à mesure des échelons administratifs. Ainsi, dernièrement, un forum des entreprises françaises présentes en Russie avait lieu à l’université, mais, faute d’avoir été prévenus, les étudiants ne sont pas venus. Finalement, regarder les panneaux d’affichage dans le hall ne sert plus qu’à s’informer des évènements qu’on a ratés.

construction-route-BAM.jpg A côté de cette organisation tentaculaire et lente, il existe un mouvement jeune, efficace, communicant, et qui pourtant marche main dans la main avec elle. Ces jeunes organisent presque tout ce qui a lieu à l’université hors du cadre scolaire et qui a un caractère festif, culturel, ou même professionnel. Ils accueillent les nouvelles promotions, avec pique-nique dans le parc et concert, propulsent sur scène les plus charmantes étudiantes lors d’un concours  de beauté, et emmènent les gros bras volontaires suer sur le chantier de la route Khabarovsk-Tchita, à 7000 km de Moscou, sur les rives de l’Amour. Sous l’apparence d’un dynamique BDE ce groupe n’est ni plus ni moins qu’un mouvement politique à l’idéologie radicale. Plus discrets que les Nashis, ils sont aussi plus directs et ne s’embarrassent pas du politiquement correct. Association étudiante un jour et militants au discours venimeux le lendemain, ils forment la « Jeune Russie » ou « Rossiya Molodaya ».


logo-rossiya-molodaya.jpg

Bien qu’omniprésents à l’université, le groupe n’a pas de légitimité particulière. Si la majorité semble indifférente à leur action, une grande partie des étudiants prend ses distances avec le mouvement, jugé envahissant. Malheureusement, pour l’heure, il n’existe pas à « Bauman » de véritable association étudiante élue, il est donc difficile de juger de la popularité de telle ou telle formation. Les tentatives de création d’un BDE digne de ce nom sont récentes et la mentalité étudiante n’est pas encore prête. Il faut remarquer aussi que l’effectif dans une école d’ingénieur en France est de l’ordre du millier, alors que Bauman rassemble 20 fois plus d’étudiants, il est donc beaucoup plus difficile d’obtenir l’implication des élèves et d’échapper à la politisation, phénomènes qui existent d’ailleurs également dans les plus gros établissements français nottamment les universités…

 

manifestation-drapeaux.jpg Pour gonfler leur popularité et se construire une approbation de façade des étudiants, les rumoltsi (leurs militants) n’hésitent pas à user de tous les moyens possibles. Leurs animations et rassemblements divers (concerts gratuits, manifestations culturelles ou artistiques, forums…) amènent beaucoup d’étudiants, qui sont parfois vivement invités à porter les couleurs du mouvement. Lors du concert du 9 mai, les organisateurs ont d’ailleurs tenté de construire un drapeau Russe géant où les étudiants en T-shirt de rossiya molodaya (qu’ils soient militants ou non) formaient la bande bleue, au coté des Nashis en rouge et des Mestnie en blanc. Jusqu’ici, pas vraiment de quoi sauter au plafond de la part d’un mouvement à caractère politique. Sauf que, pour mieux faire bouger leurs camarades, rossiya molodaya va jusqu'à les payer, et même bien les payer. S’occuper du site internet est payé environ 1000$ par mois, soit une somme très correcte pour un job d’étudiant à Moscou. Le mouvement bénéficie de vastes locaux proches de l’université, dans un quartier où la location d’un studio modeste coûte plus de 1000$ / mois. Le mouvement bénéficie de quantité de moyens pour ses actions : T-shirts, drapeaux, tentes pour camper sur les lieux de manifs, tous neufs et aux couleurs de l’association. Autant dire que pour des étudiants, ils ont de l’argent. Et pour avoir autant de moyens, on peut largement supposer que l’administration apporte un soutien conséquent. Cela ne fait en tout cas pas de doute au sein de la population étudiante, mais les comptes de l’association ne sont pas connus.


Politique extérieure

Si les Nashis ont avant tout une rhétorique pro-Poutine, rossiya molodaya verse plutôt dans l’anti-américanisme primaire. Leur préoccupation principale est en effet la politique extérieure, et par conséquent la politique de défense de la Russie. Cela se comprend vu la connotation militaire de l’institut « Bauman », qui forme une bonne part des ingénieurs de la défense. L’ennemi par excellence est donc l’OTAN, une « dictature » qui est même allée jusqu'à créer le terrorisme international, comme ils vont nous l’expliquer.

militantes-rossiya-molodaya.jpg
Militantes lors d'une manifestation anti-OTAN


En avril dernier sortait un nouveau numéro du journal de rossiya molodaya. Disponible en libre service sur les présentoirs l’université, il avait donc le feu vert de l’administration. Son titre était clair : « Stop à l’OTAN !». Pour agrémenter sa lecture, les militants avaient même concocté un morceau de rap intitulé « Stop NATO » que l’on pouvait se farcir pour mieux faire rentrer le message.

En tout petit en dessous de l’édito, il est indiqué que par OTAN, les auteurs considèrent les USA et l’Angleterre, les autre pays « remplissent une fonction décorative ». L’argumentation est donc déjà placée sous le signe de l’amalgame, et ce n’est que le début. L’OTAN, dont le blason « se complète si bien pour former une croix gammée », est un « bloc fasciste ». En effet, le fascisme, c’est vouloir « tout découper en bien et mal : les races, les nations, la vision du monde », et anéantir le mal. Or l’OTAN divise le monde en démocraties qui font « ce qu’elles veulent » et en non-démocraties, qui doivent « s’incliner sans conditions », sous peine d’être « sanctionnées et bombardées ».


ouvre-les-yeux.jpg La partie "créations" du site de rossiya molodaya est une source de bonheur inépuisable

 

L’édito fait alors référence à un article intitulé « les sales combines de l’OTAN », dans lequel on apprend l’histoire des « trois grand crimes » de l’organisation. Et nous avons bien entendu les « bases pour supposer que ce n’est que la partie émergée de l’iceberg », car il est évident qu’on nous cache tout. Trois crimes, donc : le bombardement de la Serbie, la transformation de l’Afghanistan en une usine de drogue, et l’occupation de l’Irak.

On est tenté de remarquer que l’OTAN, si elle a participé à ces 3 interventions, n’est responsable ni de la guerre en Afghanistan, ni de celle en Irak. En effet, les opérations militaires dans ces deux cas ont été menées par des coalitions hors OTAN. Pour l’Irak, par exemple, malgré l’hégémonie fasciste des USA sur ses alliés, on peut remarquer que la France l’Allemagne et d’autres pays « décoratifs » de l’OTAN n’ont pas participé à l’intervention (ce dont, d’ailleurs, on ne se félicitera jamais assez).  

En Irak, l’OTAN est responsable de la formation des forces Irakiennes et en Afghanistan, du maintien de la paix. Mais puisque OTAN = USA, finalement, tout revient au même dans l’esprit de rossiya molodaya.

L’article sur les crimes de l’OTAN est d’une partialité à vomir. Il accuse presque explicitement l’OTAN d’avoir crée sciemment un producteur de drogue mondial en Afghanistan, pour inonder d’opium la jeunesse Russe. Comme preuve, le journal fournit un graphique qui montre que la production augmente régulièrement depuis … 1987. Il n’y a qu’en 2001 que la production a été complètement stoppée par le régime taliban.


slobodan.jpg Mieux encore sur la partie consacrée à la Serbie : les vraies causes de la guerre sont, selon l’auteur, inconnues, « essayer de nouvelles armes », « détruire un riche état socialiste », ou « détourner l’attention de l’affaire Monika Lewinsky », mais certainement pas stopper un « pseudo-génocide des albanais ».  Ne cherchant pas à mettre sur la table les nombreuses critiques crédibles à cette guerre, rossiya molodaya se ridiculise un peu plus en appellant à une manifestation en mémoire de Slobodan Milosevic, sous le mot d’ordre « Il y’a un an, au tribunal de La Haye, on a tué la liberté de la Serbie »

L’article révèle enfin la technique utilisée par les USA pour envahir l’Irak : profiter de la panique provoquée par les attentats du 11 septembre pour diriger facilement le peuple américain. C’est vrai, ça aide. Mais quand, prisonniers de leur œillères, ils citent en exemple l’effroi des civils Russes provoqué par les attentats ayant déclenché la seconde guerre de Tchétchénie, on se demande si ils ne tendent pas le bâton pour se faire battre.

La Russie dans le monde

plakat.jpg La Russie, forte de ses nombreux talents et de son économie qui se relève, aura un rôle important à jouer dans la communauté internationale. Elle est actuellement en train d’en définir les contours assez sûrement, même si elle commet quelques maladresses parfois. Pour rossiya molodaya, la place de la Russie est claire : comme au temps de la propagande soviétique, elle sera le rempart contre l’hégémonie américaine. En toile de fond de cette argumentation, figure l’inusable outil de propagande : la victoire contre l’Allemagne Nazie.

Ce fait historique est le point culminant au 20e siècle de la bravoure du peuple russe, le sacrifice par excellence de millions de soldats et de civils qui a permis notre libération de la folie fasciste. C’est un acte de courage incontestable qui vaut notre reconnaissance aux vétérans de l’armée rouge. Plus de 60 ans après, la victoire est toujours fêtée comme si elle datait de l’an dernier, c’est dire l’ampleur du traumatisme : 64% des Russes ont en effet un parent qui est mort pendant cette guerre.

Parallèlement, on pouvait lire récemment un article inquiétant de RIA Novosti, s’interrogeant sur le désintérêt des jeunes générations pour les exploits de leurs grands-parents. On y lit que « 15% des jeunes estiment que le fascisme, en tant que conception du monde, comporte des idées positives. Lorsqu’on a demandé aux étudiants de Moscou ce qu’il serait arrivé à notre pays en cas de victoire de l’Allemagne, un tiers a répondu "rien", un sur dix "on vivrait mieux" et 5% se sont, en fait, prononcés en faveur de la victoire hypothétique des Allemands. ». Et le journaliste de déplorer la prolifération de groupes fascistes ou extrémistes : « au cours des cinq premiers mois de cette année, 245 personnes ont été battues ou poignardées par des extrémistes, et 32 personnes en sont mortes ».

On est alors en droit de s’interroger. Faudrait-il parler encore plus de la guerre ? Plus, ce serait difficile, mais il serait certainement salutaire de ne pas l’utiliser constamment en en déviant le sens. En effet, un sophisme courant dans les diatribes des mouvements de jeunesse pro-pouvoir est : « le fascisme est un ennemi », or « Untel est un ennemi », donc « Untel est un fasciste ». Cela s’applique aux Etats-Unis, à l’Estonie, à l’OTAN, aux opposants (qui le sont cependant vraiment pour certains), et finalement à n’importe quel poseur de bâtons dans les roues. En cherchant à diaboliser un ennemi en le traitant de fasciste à la légère, le mot a toutes les chances de perdre son sens.

Mais cela n’effraie pas rossiya molodaya qui n’hésite même pas parfois à assimiler la démocratie au fascisme (puisque USA=ennemi=fascisme, mais comme USA=démocratie, démocratie=fascisme, c’est pourtant simple !). Peu étonnant de la part d’un groupe issu d’une université militaire, l’organisation a comme principal thème la restauration d’une armée forte, seule capable de protéger la mère patrie dans une guerre froide qui « pourrait bien devenir chaude ».





Il nous faut une armée forte !

 

Politique intérieure

Sans surprise, l’ennemi intérieur est la coalition des opposants, l’autre Russie, et plus particulièrement ses 3 leaders, Kasparov, Kassianov (ancien premier ministre), et Limonov, écrivain peu fréquentable leader des nationaux-bolcheviques, qui a par ailleurs la nationalité française, ce qui s’avère un peu encombrant parfois.

Ce dernier fait l’objet d’une caricature de très bon goût dans la rubrique « créations » du site de rossiya molodaya. On le voit habillé en sado-masochiste, tenu en laisse par un petit noir ventru  et nu portant un drapeau américain. Dans une main, Limonov tient une poignée de dollars et dans l’autre un martinet avec lequel il menace des enfants, sous le titre « Limonov enferme des enfants ». Du grand art, tout simplement.

limonov-enferme-des-enfants.jpg

Fins politiques et artistes, ils ont décidément tout pour eux !

A voir un tel amoncellement de symboles douteux et de parti pris aveugle, on aurait presque envie de se ranger du coté de Limonov, qui pourtant est loin de le mériter. Encore une fois le mouvement sombre dans l’emploi d’une polémique nauséabonde là où il y’a toutes les occasions possibles de formuler une critique convaincante.

banderole-marche-desaccord.jpg

Les opposants n'ont qu'a bien se tenir !


Comme on pouvait s’y attendre, le mouvement est toujours aux avants postes lors des manifestations d’opposants, dont les « marches du désaccord ». A l’occasion de celle de Moscou, ce sont eux qui ont suspendu la banderole ayant pour texte « Salut à la marche des prostituées des valeurs politiques ». Lors d’une des marches suivantes, ils ont réussi à lancer un dirigeable avec un texte du même tonneau. Compte tenu du prix d’un dirigeable publicitaire, ceci permet encore une fois de se poser des questions sur leur financement, le dirigeable étant en plus à usage unique puisqu’il a été rapidement descendu…

Manifestants - troubadours

Dans un registre plus folklorique, les militants aiment agrémenter leurs manifestations de représentations théâtrales. L’oncle Sam est presque toujours présent, et essaie la plupart du temps de mettre la main sur les voisins de la Russie, comme sur la scène suivante où il tente de s’emparer de l’Ukraine.

oncle-sam-ukraine.jpg

Mon dieu ! Oncle sam va s'emparer de l'ukraine ! Pas de panique, rossiya molodaya veille !


Dans la manifestation suivante, les militants supplient le gouvernement de bien vouloir faire tomber le mouvement des opposants « l’autre Russie » sous le coup de la nouvelle loi sur les mouvements extrémistes. Pour cela, rien de tel qu’une démonstration imagée :

Une carte de la Russie a été étalée sur le sol. Les emplacements des villes où ont eu lieu des « marches du désaccord » (Moscou, St Petersbourg, Nizhni Novgorod) ont été marqués par des petites maisons en papier. Après un discours aux manifestants, trois personnes en masque de zombis, incarnant Kasparov, Kassianov et Limonov, ont écrasé les maisons et les ont détruites à coup de battes de base-ball recouvertes de dollars. Encore une manif qui n’a pas peur d’en faire trop !

zombies.jpg

Chez rossiya molodaya, les méchants sont vraiment très méchants
 

 

L’article de compte rendu déclare que « la manifestation s’est déroulée sans excès ». Tout dépend de quels excès on parle…

Par Romain - Publié dans : La vie
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Vendredi 13 juillet 2007

Via Le monde : La Nasa vient de signer un contrat avec les sociétés russes Korolev et Energia, dont une partie comprend l'achat de toilettes pour la station spatiale internationale (ISS), pour un montant de 19 millions de dollars.

La Nasa explique que développer son propre système serait trop cher : les russes ont une bien plus grande experience des stations spatiales, et sont les leaders incontestés des WC de l'espace.

Et là, je regarde mon lavabo qui fuit, le tuyau d'evacuation de la machine à laver qui s'est encore fait la malle ce matin, et je repense aux toilettes des trains russes et des villages de campagne...

Car à 50 km de Moscou, il n'y a déja plus le tout à l'égout, voire l'eau courante, et les toilettes ressemblent à peu près à ça :

chiotte-siberien.jpg


Et je me dis que ça doit être ça, le paradoxe russe...
Par Romain - Publié dans : La vie
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Lundi 9 juillet 2007

 

Ingénieur depuis une semaine, je savoure désormais un petit mois de vacances avant mon retour en France. Retour qui ne sera je l’espère, que temporaire, car j’ai encore beaucoup à voir et à faire ici en Russie !

Cette état de grâce post-diplôme est une occasion rêvée pour aller taquiner mes amis restés sujets à des obligations diverses et variées. Ce weekend end, par exemple avait lieu la passe d’arme clôturant la première semaine à l’armée des étudiants de 5e année.

Ces derniers, pendant l’été, font leurs classes dans des casernes réparties dans la banlieue plus ou moins proche (jusqu'à St Petersbourg, quand même). Au programme des réjouissances, donc, toute la gamme des chorégraphies militaires, marche au pas, garde à vous, repos, de 6h du matin à la tombée de la nuit. Programme qui a tout de même bien plu à notre ami Vova (Vladimir), car si les jambes sont au travail tous les matins, le cerveau, lui est clairement en vacances, ce qui n’est pas si mal.

Samedi matin, nous avons donc pris avec deux amis l’electritchka de 9h17 pour nous rendre à la station Troudovaya et assister à la cérémonie qui avait lieu à la caserne. Nous sommes sortis sous une pluie fine mais froide et sommes rendus à la cour d’honneur de la caserne.

Là, nos jeunes recrues patientaient déjà depuis un bout de temps debout sous la pluie. Peu après notre arrivée, le jovial polkovnik (colonel) a annoncé le début des festivités.



colonel-russe.jpg  

Le polkovnik dans les dortoirs

 

La première étape fut le serment, pendant lequel les appelés devaient jurer un par un fidélité à la patrie.

 

serment-vova.jpg

Служу отечество !

 

Alors que dans la moyenne, les étudiants mettaient assez peu de conviction à la manœuvre, notre camarade Vova nous a gratifiés d’une voie de guerrier et d’un pas assuré dignes de « full metal jacket ».

Comme il ne fait pas bon partir au front sans protection, nos gars on eu droit à la bénédiction en règle par le pope de service, qui vaut tous les gilets pare-balles. Selon le rituel orthodoxe, il les a d’abord aspergés d’eau bénite avec un balais conçu pour, avant de leur tendre une croix à embrasser.




Bénédiction des troupes



Le pope a ensuite fait des heures sup’ et béni les volontaires. Il faut dire que l’église orthodoxe Russe s’en donne a cœur joie depuis la fin de l’URSS, et tente de réinvestir chaque organe de la société. Comme nous le soulignait notre ami, le même colonel qui, il y’a 20 ans, mettait bien dans le crane de ses recrues que la religion était un complot bourgeois, les engage aujourd’hui à aller combattre pour accomplir la volonté de Dieu...

Comme Dieu nous avait déjà aspergés lui-même toute la matinée, en faisant pleuvoir sur la Moscovie, nous avons jugé que nous n’avions pas besoin de l’eau bénite d’un de ses subalternes.



pope.jpg


Le pope et son arme fatale



La suite fut la visite de la caserne. Dans l’ensemble un peu vieille, mais pas sale, on aurait pu s’attendre à bien pire. Seul ombre au tableau, les salles de bain faisaient fuir, autant par l’aspect que par la fonctionnalité des lieux. Le seul moyen pour se doucher, en effet, consistait en un arrosage de tous les occupants de la pièce, groupés, au moyen d’un tuyau crachant de l’eau glacée.

Il faut dire aussi que cette partie de la caserne est destinée à être occupée très temporairement, c’est donc surement la pire. Pour le reste, la partie comprenait un grand dortoir pour les 90 jeunes, une salle télé, et une salle pour repasser son linge en regardant des posters avec les différents grades de l’armée et les galons correspondants.



tables-a-repasser.jpg


La salle des fers à repasser



Une fois Vova libéré, nous avons tous rejoint le café, très typique de la Russie de province, qui servait d’excellents Shashliks, avant de nous en retourner vers notre chère Moscou.

Par Romain - Publié dans : Curiosités
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Mercredi 27 juin 2007


BMSTU-facade-1.jpg Enfin !  Me voici officiellement ingénieur, après deux ans passés en Russie, et plus récemment, un projet de six mois, un rapport en Russe de  150 pages, 12 posters A1 pour une présentation devant tout le gratin de la "commission  d'état", dont un certain Vladimir Solovev, qui lui aussi a connu les joies de l'expatriation, puisqu'il a passé plus d'un an en orbite, et a effectué 8 sorties dans l'espace. Pour finir, il a conduit la désorbitation de Mir et occupe sa retraite à diriger le segment Russe de la station spatiale internationale, à astiquer ses deux médailles de héros de l'union soviétique, et à faire partie de la comission qui a jugé mon diplome ce matin...
Je n'ai eu connaissance de son curriculum vitae qu'après la soutenance, ce qui en y réfléchissant m'aura évité une surcharge de stress bien inutile !

Voici donc la conclusion de tout juste 20 ans sur les bancs d'écoles diverses et variées, de la maternelle d'Antibes, à l'université à Moscou en passant par Nantes.
La soutenance s'est plutot bien passée, j'ai obtenu mon 5/5.

Après ça, nous avons eu droit aux traditions très codifiées de l'après-soutenance.
Le pot de départ, avec quantité de zakouskis, reste propre, mais le "carburant" Russe commence à couler dans les gosiers assoiffés des diplomés. A l'image de notre président bien aimé un collegue vietnamien a découvert à ses dépends les traditions locales.
Les étudiants ont ensuite jeté leurs tubes à plans (l'accessoire symbole de l'étudiant de Bauman) dans le canal qui longe l'université, avant d'aller se changer pour la phase finale de la cérémonie : la course de bassine.
Véritable symbole d'une vie étudiante réussie, elle consiste à se faire tracter par une voiture, assis dans une bassine.
Comme le conducteur affiche déja quelques grammes au compteur, la trajectoire de la bassine finit très vite par croiser une bordure de trottoir ou un lampadaire, c'est très dangereux pour son passager, mais comme il est plein lui aussi, il ne sent rien.

Pour ceux qui commençaient à douter de mon retour sur la toile, me voici donc, libéré, et toujours prêt à vous raconter de nouvelles aventures !

Par Romain - Publié dans : La vie
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Samedi 12 mai 2007

 

Et oui, en ce moment c'est un nouveau coup de pression que je subis de plein fouet : le tuteur de diplôme s'impatiente et commence à me répéter que la soutenance est pour le 26 juin et qu'il faudrait fournir des resultats, l'administration invente tous les jours de nouveaux papiers à fournir pour prouver que je sais lire et écrire, et mon travail de prof de français commence à me prendre du temps ! Une dizaine d'heures par semaine de cours, mais il faut préparer tout ça pour avoir quelque chose à dire à ses élèves...

Bref, tout ça pour dire que le blog sera alimenté, ne vous inquiétez pas, mais je vous demande juste un peu de patience !

Pour aujourd'hui, je tiens à vous faire partager une video, qui n'a pour le coup rien à voir avec la Russie. C'est du trouvé sur internet, une bande annonce de jeunes cinéastes amateurs qui ont réellement du talent ! Ça me rappelle la belle époque des films amateurs tournés entre amis dans la forêt...

Ça s'appelle "Pas facile d'être Sid Marcus", et j'avoue que ça m'a bien fait rire !

 

 

Par Romain - Publié dans : La vie
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Jeudi 3 mai 2007
Les activistes des Nachis, de Rossiya Molodaya, et d'autres groupes du même tonneau, qui campaient depuis une semaine devant l'ambassade d'Estonie, ont remporté une victoire. Jugeant sa sécurité non assurée, l'ambassadrice d'Estonie, Marina Kaljurand, a finalement quitté la Russie aujourd'hui. Hier, une conférence de presse avait été interrompue par un groupe d'activistes réclamant des excuses officielles pour le déplacement du soldat de bronze de Tallin. Plusieurs dégradations ont eu lieu sur l'ambassade, dont des vitres ont été brisées par des jets de pierres.

Vassili Iakimenko, leader des Nachis, annonce la levée du campement devant l'ambassade. L'ambassadrice d'Estonie est partie en courant, elle n'a pas supporté la pression des mouvements de jeunesse, parcqu'elle a compris interieurement, qu'elle avait tort. Les pierres dans ses vitres l'ont surement aidée. La violence, ça avait bien fait réfléchir Galilée à la grande époque !
Le "commissaire fédéral", tempère cependant, la victoire n'est qu'en demi teinte, car les discriminations contre les russophones continuent en Estonie. C'est son éclair d'intelligence de la journée, en effet, des discriminations envers les russophones, il y'en a.
Mais, et c'est la que mon éphémère connivence avec Vassili prend fin, la solution, c'est de démonter l'ambassade, tant il est connu que quand on ne se parle pas, on résoud mieux les problèmes qu'on a en commun. Comme Vassili a révisé sa loi du Talion, il appelle plutot à un déplacement de l'ambassade dans une banlieue dortoir.

De son côté, Rossiya Molodaya annonce déja la date du 12 Juin pour le démontage, à vos pelles et pioches ! Le "fondement légal" pour cette opération n'est cependant pas encore obtenu.
Le mouvement s'excuse pour le bloquage pendant 15 minutes de la voiture de l'ambassadeur de Suède. Malheureusement, on avait pas respecté le quota de policier par manifestant, établi à 3 lors de la dernière marche des opposants (9000 OMON (CRS avec plus de muscles) pour 3000 manifestants, vous avez bien lu). Donc les forces de l'ordre ont eu du mal à retenir les jeunes activistes. Finalement, quelqu'un de plus doué que les autres en géographie a du reconnaitre le drapeau suédois sur la voiture et appeller à la libération de l'ambassadeur.

Comme le 9 mai, "jour de la victoire" approche à grand pas, et qu'on commence déja à se féliciter de partout, les slogans se font patriotiques, et la presse voit dans l'affaire Estonienne une nouvelle guerre contre le fascisme. "La victoire se présente à nouveau. En avant! A Tallinn! Protégeons le soldat" lance la Komsomolskaya Pravda, reprenant le "A Berlin !" des affiches de propagande soviétique.


Par Romain - Publié dans : La vie
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Jeudi 3 mai 2007

 "Just because something cool happens daily on 1/6 of the earth surface"
C'est la devise du site English Russia, où on trouve des tonnes d'insolites sur la Russie.

Par exemple, cette superbe Volga Staline, ça fait rêver !







Malheureusement, la Volga n'est pas une championne du crash test, avec sa colonne de direction rigide qui ralentit mieux mais fait plus mal au dent qu'un air bag et ses tas de trucs qui vous rentrent dans les jambes quand la voiture se déforme.
Bref, la Volga n'obtiendrait que 2/16 au crash test Euro NCAP, fort heureusement, les voitures Russes ne font pas partie des marques testées. Ne pas participer, c'est encore le meilleur moyen de ne pas avoir une mauvaise note !
La Volga crash testée en images :





Par Romain - Publié dans : Curiosités
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Lundi 30 avril 2007

La politique est en train de devenir le grand thème d'actualité, en France bien sur, mais ici aussi. Avec des legislatives en décembre et les présidentielles début 2008, la Russie entre dans une année de tensions. Particulièrement actifs, les mouvements de jeunes militants font beaucoup parler d'eux, qu'ils manifestent légalement et pacifiquement comme les pro-pouvoir de Nachis ou Rossiya Molodaya, ou dans l'illégalité comme les extremistes lors des marches du désaccord.
Plus serieusement, j'ai entrepris de me plonger dans les programmes et les manifestes de trois de ces groupes, les Nachis pros-Poutine, Rossiya Molodaya, organisation de jeunesse de mon université, qui sont dans la même veine mais en plus radical, et enfin, tenter de débroussailler un peu les idées de la coalition hétéroclite des opposants, qui arrivent à faire manifester ensemble les Nationaux-Bolcheviques, et des groupes à vocation démocratique.

Vaste programme...



L’autre dimanche, je devais retrouver sur la place du manège une amie, que je n’avais encore jamais vue. Pensant que la place serait vide, nous nous étions seulement donnés rendez vous au pied de la statue qui trône côté place rouge. Nous n’imaginions pas que cette stratégie allait subir un revers cinglant. En effet, une marée rouge et blanche avait déferlé sur la place. Point là d’helvètes, de supporters monégasques ou anglais, les troubles fête étaient des gens du cru, des vrais Russes, et pour être sûrs qu’on ne s’y trompe pas, ils s’étaient choisi un nom sans ambiguïté : « Nachi », « les nôtres ».




Les nôtres… et les vôtres

Les Nachis sont un groupe de soutien et de rassemblement de la jeunesse crée avec le soutien sans faille du pouvoir. Les dirigeants du mouvement et le président se rencontrent régulièrement, et le groupe fait une promotion active de la personne de Vladimir Poutine ainsi que de sa politique. Leur amour du président est tel qu’ils n’hésitent pas à militer activement pour un 3e mandat de Poutine. Ce dernier n’étant pas prêt à piétiner ouvertement la constitution, qui le limite à deux mandats, persiste dans son refus malgré les appels désespérés.

Dans le domaine politique, le groupe mise sur une rhétorique datant de la guerre froide, stigmatisant l’occident et en particulier l’ennemi universel multifonctions, les USA. Ils espèrent ce faisant recréer une unité de la jeunesse teintée de patriotisme face à un ennemi qui n’en est plus un. Le rejet des valeurs occidentales discrédite les – rares – groupes de jeunes qui militent pour une libéralisation des médias, de la politique et de l’économie, qui sont accusés de menacer la souveraineté de la Russie. Certains y voient une façon de prévenir une éventuelle « révolution orange », dans laquelle la jeunesse avait joué un rôle important. D’ailleurs, les groupes similaires aux Nachis ont proliféré en Russie après l’épisode Ukrainien.

La manifestation commémore le 7e anniversaire de l’accès de Poutine au pouvoir. Pour l’occasion, les volontaires pouvaient devenir des « agents de liaison du président », et recevoir par SMS les appels à la mobilisation. Objectif affiché, pouvoir faire descendre dans la rue 100 000 personnes à n’importe quel moment. Pour motiver les indécis, rien de tel qu’un petit questionnaire à l’objectivité douteuse. En voici des morceaux choisis :

« Que penses-tu du fait que des bases militaires sont déployées tout autour de la Russie et que la tension monte ? »

« Les pays Occidentaux, "et surtout les Etats-Unis", mènent-ils une politique hostile ou amicale à l'égard de la Russie ? »

« Qu'est-ce que l'Occident cherche à obtenir de la Russie ? » Réponse possible : "établir dans le pays un régime contrôlé par l'étranger".

 « Les États-Unis (...) carnassiers voraces (...) renonceront-ils aux projets de s'emparer de nos ressources ? »

"Etes-vous d'accord avec l'idée que le pays connaîtrait un nouveau ‘temps des troubles' et que des agents de l'Occident ou des extrémistes s'empareraient du pouvoir si Poutine était écarté du pouvoir ou si sa politique était mise en cause ?"

Il ne manquait plus au questionnaire que la liste des bonnes réponses. En complément, la liste des méchants était distribuée, en photo, Bush, Hitler (plus vraiment d’actualité mais tellement vendeur…), et Kassianov. Ce dernier, transfuge du gouvernement dont il a été ministre pendant le premier mandat de Poutine, est le leader d’une coalition s’affirmant pro-démocratie, « l’autre Russie », dont nous aurons l’occasion de reparler.

Tandis qu’a l’ouest on dénonce à l’unisson la tentative de manipulation politique, en Russie seules quelques voix se font entendre. Nezavissimaïa Gazeta (le journal indépendant), dresse un constat extrêmement amer et bouleversant à propos de cette affaire :

Mobiliser contre un ennemi extérieur est une stratégie politique, avec un objectif précis [...] L'expérience de ces vingt dernières années nous a largement prouvé que l'ennemi le plus "fort et retors" du pays était en nous-mêmes. Personne ne nous cause plus de mal que nous. Les avions qui s'écrasent, les explosions dans les mines, les hôpitaux qui flambent, les morts des accidents de la route, les bizutages cruels à l'armée sont le résultat de notre propre irresponsabilité, et tout cela ne vient en aucun cas des menaces de l'étranger. Il vaudrait mieux que les jeunes réfléchissent à ce genre de choses. Cela vaudrait mieux pour eux. Car la jeunesse passe vite.

Leader du XXIe siècle


On comprend cependant mieux la position des Nachis à la lecture de leur manifeste. L’introduction insiste sur le choix dont dispose chaque génération : partir en silence, ou changer le monde, et invite chacun à participer au mégaprojet « Russie ». Le manifeste rappelle les conditions sans pitié de la concurrence des peuples, ceux qui ne se modernisent pas restent sur le bas coté de la marche de l’Histoire, et c’est au fond, l’essence de la démocratie, la concurrence dans tous les domaines : économique, technologique, culturel, politique. Dès l’introduction, les auteurs n’hésitent donc pas à faire l’assimilation démocratie-libéralisme-globalisation, pour faciliter la compréhension. Dans ce monde de requins, les faibles subissent la loi des plus forts, entrent dans leur sillage politique et sont assimilés culturellement. Tu peux être leader, suiveur, ou sacrifié.

Comme au questionnaire, la réponse vient assez rapidement. Le but des Nachis est donc naturellement de faire de la Russie le leader global du 21e siècle


L’Histoire revue et corrigée

La première partie, « Perspective historique » nous expose leur vision de l’histoire, qui est à la base de leur idéologie, en voici donc la traduction intégrale :

Pour évaluer les perspectives de la Russie comme leader futur, nous la considérons comme le centre géographique et historique du monde moderne.

Déjà le XXe siècle a été le siècle de la Russie. Trois fois dans ce siècle la Russie a modelé l’histoire mondiale. La révolution d’Octobre a été un tel séisme historique, que finalement elle a formaté l’ordre politique mondial du XXe siècle. La victoire de la Russie lors de la seconde guerre mondiale a jeté les bases de l’ordre mondial de la seconde moitié du XXe siècle. Le refus par la Russie du système communiste a été l’impulsion qui a provoqué la formation du monde du XIXe siècle.

Sans éclairer les relations entre ces trois évènements, il est impossible de voir correctement les perspectives de la Russie dans le monde moderne.

La révolution de 1917 et le projet communiste qui en a découlé doivent être regardés de deux points de vue : global et national. Du point de vue global, le communisme a été la volonté de réaliser dans l’histoire l’idée d’une justice sociale et l’égalité des chances pour tous. C’était l’attrait de l’idéologie communiste. Du point de vue national, le projet communiste a été une tentative de modernisation, fondée sur une fausse représentation de la nature de l’homme. Les communistes n’avaient pas compris le rôle de la liberté individuelle dans le développement social. L’Histoire, c’est le renouvellement des générations. Chaque génération a une chance de partir silencieusement ou de changer le monde. C’est devenu, au bilan, la raison de la tragédie du XXe siècle et ce qui a mené la Russie dans une impasse politique et économique.

La victoire de la Russie lors de la Seconde guerre mondiale a édifié les bases de l’ordre mondial, qui  nous ont protégés jusqu'à lors de l’hégémonie globale d’un pays (que ce soit l’Allemagne nazie ou les États-Unis) et de l’éclatement d’une nouvelle guerre mondiale. Sur le plan mondial, cette victoire a catalysé l’effondrement des empires coloniaux et provoqué la libération de dizaines de pays et de peuples. L’idée d’un droit de chaque peuple à se développer librement est le résultat de la victoire Russe sur le fascisme.

A la fin du XXe siècle, la Russie a d’elle-même refusé le communisme et s’est de son plein gré retirée des territoires qu’elle contrôlait. Cette décision a crée les conditions d’un nouvel ordre mondial, celui qu’on connait aujourd’hui. Pour la Russie, elle a engendré une décennie de récession économique, chute de l’URSS, accroissement de l’inégalité sociale, conflits ethniques. Question : En vertu de quoi la Russie a-t-elle payé un tel prix ? Le refus du communisme était il justifié ? Le projet communiste a mené l’URSS dans l’impasse, et cela était connu des dirigeants soviétiques. Les frais des vingt ans de transition sont le prix à payer pour le recouvrement de la liberté individuelle et la modernisation du pays.

Cette partie étonne par son simplisme et sa courte vue, qui dépasse péniblement les frontières du pays. Pas une seule condamnation, ni même évocation des crimes de l’Union Soviétique. Dans l’histoire des Nachis, il n’y a  pas de pacte Molotov-Ribbentrop, pas de rideau de fer, pas de mur de Berlin, pas de Printemps de Prague. Ce nécessaire recul par rapport à l’Histoire n’a été en règle générale que peu entrepris par les Russes, beaucoup préfèrent vivre en tournant le dos à ces faits douloureux et se rassembler autour des instants de gloire de la Russie du XXe siècle, au premier rang desquels, la victoire sur l’Allemagne nazie. Voila pourquoi la Russie des Nachis est seulement celle de la lutte contre le fascisme et l’hégémonie américaine, voire même celle du « droit des peuples à disposer d’eux même ». Ce dernier point aura de quoi faire rire jaune les Tchèques, Slovaques, Polonais ou Baltes.


Les Nachis et le reste du monde

Oncle Sam manipulant l'Estonie fasciste Le danger de cette lecture historique sélective apparait dans les nombreux problèmes que la Russie rencontre avec ses voisins en ce moment même. Il n’y a guère que la Finlande qui entretienne des relations saines avec la Russie, malgré l’invasion surprise de l’URSS en 39, mais il faut dire qu’ils sont restés indépendants après la guerre. Les états Baltes n’ont pas eu cette chance et ont gardé un gros ressentiment après la période soviétique, d’où leur inclination à taquiner les Russes sur des sujets qui les font monter en vapeur à toute vitesse comme les histoires de monuments aux morts.

Cet épisode est en effet caractéristique. Nous sommes à la veille du 9 mai, jour de la victoire de 45, qui est la fête nationale de fait, loin devant le nouvel an, pâques, et enfin la fête de l’indépendance vis-à-vis de l’URSS, qui est la fête nationale officielle mais assez peu suivie, allez savoir pourquoi…

Ce  jour est celui où tous les Russes peuvent se retrouver tous ensemble et se dire « Ce coup là, vraiment, on a fait quelque chose de bien pour le monde entier », sans que quelqu’un puisse dire le contraire. Et c’est précisément le moment que choisissent les Estoniens pour déplacer un monument aux morts soviétiques, en plein centre de leur capitale.

Nos amis Nachis, en fins historiens qu’ils sont, ont oublié que l’Estonie, avant d’être occupée par l’Allemagne, a d’abord été conquise par la Russie en tant qu’objet du pacte germano-soviétique. La libération de 1945 est donc une notion assez théorique pour les Estoniens. En ce moment, ce pays est en butte à un réel problème social étant donné la grosse minorité russophone, importée en Estonie lors de la « russisation » du pays sous l’URSS, et qui ne fait pas franchement l'objet des petits soins des Estoniens. Les affrontements sont réguliers entre nationalistes Estoniens et Estoniens russophones autour du bâtiment en question et il convient de trouver une solution qui ne soit pas dégradante pour l’une ou l’autre des parties.

Mais ça, les Nachis ne l’ont pas vraiment compris, et appellent ouvertement à la violence. Outre le siège qu’ils maintiennent autour de l’ambassade, ils ont proposé de « raccompagner l’ambassadrice d’Estonie jusqu'à l’aéroport ». Et  leur dernier communiqué est un vrai chef d’œuvre :

Nous adressons un ultimatum à l’ambassade d’Estonie. Si avant le 1er Mai ils ne sont pas décidés à rétablir rapidement le monument du combattant-libérateur à sa place précédente, nous déterminerons une date pour le démontage de l’ambassade d’Estonie – a indiqué le leader du mouvement, le commissaire fédéral Vasili Iakemenko. En ce moment même nous préparons une requête à la Douma (parlement) pour étudier cette question. Si le pouvoir Estonien trouve conforme à la loi de démonter le monument aux soldats de Tallin, alors nous chercherons des bases légales au démontage du bâtiment de l’ambassade d’Estonie à Moscou.

On remarquera que si les Nachis ne sont pas très forts en histoire, le droit leur échappe aussi un peu. Une loi n’est pas quelque chose qu’on trouve comme ça au hasard d’un code pour justifier un acte, et en l’occurrence, j’applaudis des deux mains s’ils en trouvent une qui autorise à démonter une ambassade. Le monument, quant à lui, a été déplacé (et pas simplement démonté) selon une loi votée au parlement Estonien.

La manif permanente des Nachis devant l'ambassade d'Estonie, rejoints par Rossiya Molodaya, la Molodaya Gvardia edinoi Rocci (jeunesses du partie Russie Unie de Poutine) et par les Mectnie (les "locaux", j'adore) n’est pas tombée sous le coup de la récente loi sur « l’extrémisme », et a donc été autorisée.

 

Prochaine partie : Rossiya Molodaya


Par Romain - Publié dans : La vie
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